Quentin, jeune vigneron français au Chili

En mai dernier nous avons postulé sur le site workaway.com afin de faire du volontariat dans un vignoble au Chili. Le concept est simple, tu proposes tes services (généralement on te demande de travailler 5 heures par jours, 5 jours par semaine) dans le domaine que tu souhaites et en échange on t’offre le gîte et le couvert. Ce principe est très populaire auprès des jeunes voyageurs au long cours, comme nous ! Il y a le workaway, le helpx ou encore le woofing, mais tout cela fera l’objet d’un prochain article.

Revenons donc à notre histoire. En mai dernier nous recevons une réponse positive d’une certaine Emilie pour travailler dans un vignoble dans le sud du Chili près d’Osorno (oui même si c’est du travail volontaire, tu postules un peu comme pour un vrai boulot car ces gens vont quand même te recevoir dans leur maison). Ni une, ni deux, les sacs sur le dos, nous embarquons pour cette ville au milieu de nulle part. Nous avons ainsi rencontré la fameuse Emilie, jeune française de 25 ans qui, un an plus tôt, avait répondu à cette même annonce de workaway… Faut croire qu’elle s’y ait plu…🤔 Elle y a en fait rencontré Quentin, français de 28 ans, employé par la famille Porte pour s’occuper de leur vignoble. Au milieu du raisin et en plein coeur des vendanges, une idylle naît entre nos deux jeunes français qui ne se quittent plus ❤️. « L’amour est dans le pré au Chili », pourquoi personne n’y a pensé ? 😉

Six ans que Quentin travaille ici et déjà un vin reconnu comme le troisième meilleur du Chili ! Impressionnés par le travail acharné qu’il fournit, nous avons voulu en savoir plus et partager son histoire, ça pourrait en inspirer certains…

Comment t’es tu retrouvé au Chili ?

J’en avais un peu marre de la France. Et comme j’avais un bon boulot qui m’avait permis de mettre de l’argent de côté, j’ai décidé de partir voyager en Amérique Latine avec l’idée de faire des vendanges dans l’hémisphère sud. J’ai fait quelques woofings au Chili. J’ai ainsi fait des vendanges à Cauquenes, un vignoble français. Les propriétaires connaissaient une autre famille française au Chili qui avait un vignoble. Je suis donc partie chez eux pour faire la taille des vignes. Ils m’ont proposé un emploi. Cela fait 6 ans de ça, je suis toujours là.

Pourquoi être resté ?

Vous n’avez pas vu le paysage ? Comment ne peut-on pas tomber sous le charme ?

Je suis resté pour le style de vie retour aux sources, petits paysans sans aucune agriculture de masse. Pour l’ambiance générale et le cadre de vie. Parce que j’ai un très bon ami ici, Alvaro, éleveur de moutons dans la ferme à côté. Et puis, je m’entends particulièrement bien avec mes patrons actuels, la famille Porte. C’est un peu une seconde famille aujourd’hui. Et pour tout vous dire je suis tombé amoureux de cette région. Je ne vis pas au Chili. Je vis à Trumao….

Qu’est ce qui te plaît dans le fait de travailler dans la vigne ?

Ce n’est pas un travail ! La vigne c’est toute ma vie ! C’est une histoire de famille. Mes grands-parents travaillaient dans leur vignoble JAVOY en France à Mézières-Lez-Cléry. Mes parents ont pris le relais par la suite. Je me souviens encore, tout petit, je marchais à peine que je jouais au pied des vignes avec mes petites voitures. En grandissant, j’ai lâché les petites voitures pour y travailler et gagner de l’argent de poche. Aujourd’hui, ici, à Trumao, je fais tout ! Du taillage de la vigne, jusqu’à l’embouteillage, en passant par l’étiquetage des bouteilles. C’est mon bébé.

Explique-nous un peu ta façon de travailler, c’est quoi un vin nature ?

Il n’y a aucun entrant « étranger ». De la vigne on passe directement au chai (la cave). C’est une manière de respecter la nature. Je n’utilise pas de produits chimiques. C’est du 100% grappe sans aucune modification du terroir. C’est notre raisin, notre terroir que je mets en bouteille !

Pour toutes les opérations importantes comme la taille des pieds de vigne et la mise en bouteille, je me base sur un calendrier biodynamique. C’est à dire un calendrier divisé en lunaisons et non en mois. L’influence des astres sur les cultures est un principe reconnu. C’est un label « biodynamique » qui est devenu commercialisable aujourd’hui.

Et apparemment ce travail a bien porté ses fruits …

Dès que je suis arrivé il y avait de quoi faire du bon vin ! En 2012, les premiers vins nature ont commencé à apparaître sur le marché. De notre côté, nous avons fait un pinot noir avec un degré d’alcool très léger (11,5). Ce n’était pas du tout connu à l’époque au Chili. La norme était à 14°. Le jury du Descorchado nous a décerné le 3ème prix du meilleur vin Chilien. Par la suite, chaque année, les vignerons chiliens récoltaient des vignes de plus en plus jeunes pour baisser le niveau d’alcool…

Et à côté de ça tu as monté ta propre affaire, elle consiste en quoi ?

Je propose mes conseils, des services viticoles et œnologiques. Il y a quelques années il n’y avait presque pas de vignobles dans cette région. Nous avons un peu été des précurseurs. Aujourd’hui, ça se développe de plus en plus mais les riches propriétaires n’ont pas le savoir-faire. C’est juste un business pour eux. Ils arrivent en hélicoptère dans leur campo, c’est pour dire ! Toute l’année je fais des visites dans leurs vignes pour leur apprendre comment tailler, récolter… Ils me font livrer les grappes de leur récolte, je les vinifie et leur rend en bouteilles.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles tu fais face ?

Il y a beaucoup de jalousie de la part des chiliens, des voisins. Il y a ceux qui veulent copier et ceux qui veulent te mettre des bâtons dans les roues. Du coup, au quotidien ce n’est pas toujours facile. Mais je fais ma vie et j’essaie de ne pas en tenir compte. Ici, ça parle beaucoup, les gens ne disent pas forcément ce qu’ils pensent.

L’approvisionnement est également un problème au Chili. À Trumao, on est bien loin de Santiago (la capitale du pays). Il n’y a rien ici. Ce n’est pas développé. Mêmes les routes ne sont pas terminées. Une fois, un camion a mis 4 heures à nous livrer d’Osorno (30 km). La route n’étant pas goudronnée partout, le camion était un peu chahuté. Le problème c’est que c’était une livraison de bouteilles en verre. Il a fini par arriver en fin de journée avec les palettes de bouteilles éventrées.

Comment vois-tu les 5 prochaines années ?

Je ne sais déjà pas où et comment je vais faire mes vendanges l’année prochaine alors je ne sais pas. Je sais juste qu’on aura plus de vin et de meilleure qualité !

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui souhaiteraient se lancer au Chili ?

Rester sur ses gardes et ne pas faire confiance à n’importe qui ! Et également avoir de la patience. Enfin surtout avec le vin ! Quand tu plantes une vigne tu sais que tu ne vas pas gagner ta vie avec avant 10 ans.

Si toi aussi tu veux rencontrer Quentin et l’aider à produire l’un des meilleurs vins du Chili, tu peux postuler directement sur leur annonce sur le site de Workaway.

À très vite pour te raconter nos aventures dans le vignoble de Quentin 😉.

Angeline & Florent

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2 Commentaires

  • Répondre
    jimmy
    8 novembre 2016 à 5 h 46 min

    Un très beau parcours ! Vraiment ! Et on vous souhaite bonne chance ! Est-ce qu’il y a moyen de connaitre un peu ses produits ?

    • Répondre
      Travellover
      10 décembre 2016 à 5 h 55 min

      Bonjour,
      Désolé pour le temps de réponse mais nous ne sommes pas très connectés en ce moment ! Voici le site internet : http://www.coteauxdetrumao.cl et nous savons qu’on peut trouver son vin dans un restaurant et quelques caves parisiennes…

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    error: Bien essayé 😜!